FULGURANCE ( Rtrospective)

  • Visite guide de l'exposition
  • Mimi Errol, critique d'art

Par-delà la Termitière, un peu  en deçà du Masque

Pour la célébration de ses 30 ans de carrière artistique, Mathilde Moreau a présenté à la Galerie Houkami Guyzagn du 23 novembre au 14 décembre Fulgurance (Rétrospective), thème de son exposition. Mimi Errol, critique d’art et commissaire de ladite exposition dissèque cette bonne femme qui a consacré 30 ans de [sa] vie à sa passion : l’art.

Tenacement, cette bonne femme par son habileté à donner forme à ses émotions, s’est liée sans en être le maillon faible au mouvement d’avant-garde le plus radical de la révolution postcoloniale qu’est le Vohou.

Tenacement, cette mère de famille brise en nous les entraves à un monde de justice qui ne sont pas seulement les forces chaotiques de l’esprit mais aussi des forces historiques et politiques.

Tenacement, cette incontestable grande dame de la peinture contemporaine a su se distancier de la relation terre à terre de femme résolue à sa féminité, sans rupture d’avec ses valeurs vernaculaires que tendent à laminer la modernité de son allure stressante.

Au commencement de cette singulière action physique et picturale, une réflexion sans mièvrerie ni gratuité, loin de l’idée de l’art pour l’art. De l’art pour dire nécessairement beau et beau pour dire joli. Mais une réflexion tout autant philosophique que poétique, sur le devenir de l’homme et de son univers.

Dès cet instant donc, Mathilde Moreau s’engage dans une réelle quête initiatique d’absolu et son hile, elle le trouve dans le bestiaire. Tout comme Prost et sa MadeleineCézanne et sa Montagne Sainte Victoire (prémisse de la théorie cubiste), elle puise en Termitophage la substance nécessaire dans sa lutte pour l’émergence d’une société sans injustice dans la termitière.

Ainsi dit-elle : ‘’Aux Beaux-Arts pour mon examen de fin de cycle, il me fallait un thème. Et celui de la termitière m’est venu : l’organisation sociale, l’harmonie, l’idée d’unité et toute la symbolique autour des termites me fascinait’’.

Alors ! Des hauteurs de la glaise agencée par ses xylophages et de ses ramifications souterraines en galeries, elle transforme la matière sous l’effet de sa vision.

Justifiant les sons chromatiques sombres telluriques et salpêtrés dans le rendu de ses tableaux. Référence à un monde de souffrance, de déchéance et d’injustice. Manière bien ambigüe avec la relativité du beau.

Le but ici , n’est pas d’abolir la souffrance en la refoulant au plus profond d’elle-même, mais en la vomissant, l’extirpant d’elle-même afin de purger l’âme par la mise à nu de la réalité, d’une réalité atroce qi dit le monde tel qu’il est : divers, contrasté, hétérogène. Elle cherche à résoudre un problème, ne veut pas rester inactive, met en jeu la possibilité d’une paix, par l’identification de son géniteur, la justice. Raison pour laquelle, elle peint des tableaux qui permettent de supporter l’horreur en la représentant en une humanité blessée à laquelle elle destine son œuvre.

Ses tableaux, elle les dégage avec intuition, subordonnant ainsi aux acquis illusoires de la profondeur chère à la renaissance et son imposante ligne d’horizon.

Ancrée dans la réalité de son environnement, elle procède à l’élaboration du tableau, un travail sur sa propre souffrance avec le matériau de son quotidien, terre, mythe, suie (univers de la femme africaine), dans lequel le Tapa n’est pas seulement matière à donner du relief mais un principe de transmission de son histoire, son identité, sa ligne personnelle de conduite.

Par M. Errol, critique d’art et Commissaire d’exposition