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Impact COVID-19 │ "Cinq mois sans travailler, c’est intenable ... des galeries ne vont plus exister !" (Thierry DIA BROU, Galeriste - DG HOUKAMI GUYZAGN)

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Impact COVID-19 │ "Cinq mois sans travailler, c’est intenable ... des galeries ne vont plus exister !" (Thierry DIA BROU, Galeriste - DG HOUKAMI GUYZAGN)

La pandémie de la crise à Coronavirus a impacté tous les secteurs d'activités. Le secteur culturel paie un lourd tribu. Une situation intenable depuis cinq mois. Thierry DIA BROU, directeur général de la Houkami Guyzagn ne dit pas le contraire. "La crise sanitaire du Covid-19 a tout arrêté. C’est difficile. Et, je pense qu’il y a des galeries qui ne vont plus exister. Cinq mois sans travailler, c’est intenable. Tout est fermé. Pourtant les charges restent", s'est-il confié à Voiedefemme.net. Interview.

Pouvez-vous nous parler de votre galerie ?
Notre galerie, Houkami Guyzagn est née en 2001. Il y a près de 20 ans. Houkami Guyzagn est une résidence d’artistes. Nous faisons de la promotion artistique, au niveau des arts plastiques. Nous faisions venir les artistes de l’extérieur. Et ils sont hébergés ici, ils produisent et, après, on passe à la vente. Nous avons un petit restaurant, un bar à l’intérieur. Nous faisons également du tourisme local en proposant nos chambres aux touristes. Notre objectif à l’origine était de réaliser le prix Guy Nairay. Un grand prix de peinture. En plus, on faisait des appels aux Arts. Ce sont des discussions débats sur l’art avec des personnalités, des sommités du monde culturel, social et économique.

Vous parlez plutôt au passé. Est-ce à dire que votre galerie ne fait plus ces activités ?
Vous savez que la crise sanitaire du Covid-19 a tout arrêté. C’est difficile. Et, je pense qu’il y a des galeries qui ne vont plus exister. Cinq mois sans travailler, c’est intenable. Tout est fermé. Pourtant les charges restent. C’est vrai que les artistes mettent ce temps à profit pour faire de belles créations, notamment sur cette crise sanitaire. Je sais qu’on aura après la crise de très belles œuvres, mais entretemps il faut faire face à la crise. Il faut continuer à payer les loyer, l’électricité, le personnel, etc.

Comment faite vous pour résister…
Nous nous battons. Nous avons réussi à bâtir notre propre siège. Nous ne payons plus de loyer. Et ça, c’est le fruit de nos efforts - moi, les artistes et toute l’équipe. Mais, je signale que je me suis investis moi-même. J’y ai investis toutes mes économies. Je l’ai fait parce que l’art, c’est ma passion, c’est ma retraite. Cependant, il faut reconnaître que des gens nous ont énormément soutenu en achetant des œuvres. De grands mécènes d’arts, de grandes femmes qui sont passés, nous ont aidés. C’est ce qui nous a permis de construire notre siège.

Quel bilan pouvez-vous dresser de ces vingt ans d’existence ?
Je fonctionne plutôt par quinquennat. Chaque cinq ans. Quand on commençait, je ne savais que j’allais pouvoir tenir cinq ans après. Les premières années, je dois louer le courage des artistes et tous ceux qui travaillent avec moi. Ce n’était pas évident. Si les cinq premières années, on était face au Covid-19 comme c’est le cas aujourd’hui, on n’allait même plus parler de Houkami Guyzagn. Dix ans après, on a vu qu’on tenait un peu ; 15 ans, on a consolidé nos acquis, on a commencé à s’ouvrir. C’est au terme des 15 années de travail qu’on a construit ce bâtiment. C’est donc le cumul de plusieurs années successives. Nous nous sommes battus pour fonder et implanter la fondation Houkami Guyzagn. C’est un sentiment de fierté avec toute une équipe aujourd’hui. Et je vous le dis, ce sont des choses que nous avons rêvés.

En Côte d’Ivoire, il y a beaucoup de galeries. Qu’est-ce qui fait la particularité de Houkami Guyzagn ?
Le slogan de Houkami c’est aider et positionner nos jeunes talents. Voyez tous ces jeunes qui sortent des écoles des beaux-arts d’Abidjan et doivent attendre plusieurs années avant de pouvoir exposer. Nous avons décidé de faire la promotion des jeunes talents.
Je vous raconte comment je me suis investis dans la galerie. J’ai rencontré un jeune talent que je connaissais bien et qui avait abandonné parce qu’il n’avait pas de soutien. Je lui ai conseillé de ne pas abandonner et j’ai décidé personnellement de le soutenir. Aujourd’hui, ce jeune homme a fini son doctorat. Et c’est une fierté pour moi. Après, j'y suis resté pour soutenir et faire la promotion des jeunes.

Vous avez dit que votre crédo, c’est la promotion des jeunes talents. Pourquoi ce choix ?
C’est un combat que je mène pour les jeunes talents. Ce n’est pas normal que des gens qui ont du talent ne puissent pas exposer. Il faut donner l’opportunité à ces jeunes passionnés de rencontrer des personnes et de faire connaître leur savoir-faire. Et, je souhaite que ce soit ainsi dans tous les secteurs. C’est ma philosophie. C’est ma vision. C’est seulement quand chacun va faire et bien faire ce qu’il aime, que nous allons changer les choses. Aujourd’hui, grâce à la directrice des Beaux-Arts [Ndlr; Mathilde MOREAU], je suis dans le jury des jeunes qui sortes de l’Insaac (Institut national supérieur des arts et de l’action culturelle, ndlr). Là-bas, je détecte certains jeunes que je viens promouvoir à Houkami Guyzagn.

Avez-vous des jeunes femmes artistes parmi vos artistes ?
Dans ce domaine, j’avoue qu’il n’y a pas beaucoup de femmes. Ce n’est pas normal. Mon rêve, c’est d’exposer le maximum de femme artistes. Vous me donnez l’occasion d’inviter les femmes qui sont dans le domaine artistique de nous contacter. Houkami Guyzagn est là. On va les aider. Ce n’est pas forcément dans la peinture ou la sculpture. C’est aussi dans d’autres domaines comme la bijouterie - si elles font des choses qui sortent de l’ordinaire. On est prêt à les accompagner. Nous voulons vraiment collaborer avec la gente féminine.

Combien d’artistes comptez-vous aujourd’hui ?
On a commencé avec cinq ou six artistes. Aujourd’hui, nous sommes à plus de 40 ou 50 artistes.

Quid du projet des cinq prochaines années ?
C’est de pouvoir conquérir l’Afrique. Malheureusement, le Covid-19 a brisé notre élan. Mais nous voulons, durant les cinq prochaines années, conquérir au moins l’Afrique de l’Ouest. Nous voulons que Houkami Guyzagn soit reconnue comme l’une des plus grandes galeries d’Afrique de l’Ouest.

Est-ce que vos artistes arrivent à vivre de leurs arts ?
Les artistes qui prennent au sérieux leur activité vivent mieux et bien. Mais, le plus important c’est d’être sérieux et passionné. Ajouté à cela, quand le coup de main est donné, c’est parti.
L’art, ça traverse et ça marque le temps. Demain vous verrez qu’on parlera des tableaux du temps du Covid-19. C’est un rappel de l’histoire. C’est cette culture qu’ont les grands pays du monde. Quand vous allez aux Etats-Unis, vous verrez les nombreux musées. Chaque musée raconte la vie des Américains d'une ville à une autre. Quand vous y sortez, vous connaissez la sociologie de la ville.

Pourquoi les Africains, particulièrement les Ivoiriens ne sont pas trop friands des objets d’art ?
Ce n’est pas mon avis. C’est vrai, les Africains ont une tradition : c’est la sculpture. Ils ont un rapport avec le bois, le fer. Ça traduit notre Culture. Mais en Europe, c’est un peu plus la peinture. Vous allez dans les églises en Europe, vous voyez de grands tableaux qui marquent l’époque de Jésus Christ. L’art et le sacré.
Mais notre relation à l’art est liée au fait que nous avons des problèmes existentiels. On commence à aimer l’art quand on n’a pas faim.

En définitive, voulez-vous dire que l’art, c’est fait pour les bourgeois ?
Non. D’abord l’artiste, très souvent vient des quartiers modestes. Il vient souvent d’Abobo, d’Adjamé, Koumassi ou Treichville. Mais où a-t-il eu cette passion pour l’art? C’est dans son milieux souvent pauvre.

Le consommateur se dit qu’il ne gagne rien à dépenser des centaines de milles pour s’acheter un tableau…
Quand tu as le minimum et que tu arrives à subvenir à des besoins, tu peux te rendre compte du bienfait de la présence d’un tableau dans ta maison. Chez nous c’est ça. Mais dans les pays européens, c’est le contraire. Ailleurs, les gens quelle que soit leur condition de vie ont besoin de l’art. Parce que ces œuvres d’art sont aussi des valeurs refuges. En plus c’est un investissement pour eux.
Aujourd’hui, si tu as un tableau de Picasso, tu es milliardaire. Le plus bas prix d’un Picasso, c’est le milliard. En Côte d’Ivoire, il y a des artistes dont les tableaux sont estimés à des centaines de millions. Il faut que les Ivoiriens s’intéressent à l’art. Parce que l’art, ça fait du bien.

Source : www.voiedefemme.net

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